nous reprenons ici, la description faite par Mr BOUTEILLER à la revue de l'armée numero de decembre 1946
Les guerres d'Italie, au temps de Louis XII présentent assez peu d'unité ; il n'y a pas, à vrai dire, une guerre qui se prolonge avec des alternances diverses, maïs un ensemble de campagnes isolées, souvent courtes, où alliés et adversaires se retrouvent bien rarement dans le même camp d'une année sur l'autre.
En effet, l'intérêt immédiat des participants prime tout ; les alliances se font et se défont au gré des avantages que chaque contractant espère en retirer et la guerre n'est qu'un prolongement normal de la diplomatie,
Le plus grave est que l'Italie d'alors forme une sorte d'échiquier où s'affrontent les
principaux souverains d'Europe et que toute opération qui s'y déroule risque d'avoir des répercussions bien au delà de la péninsule.
Ainsi, la célèbre campagne de Gaston de Foix, en 1512, constitue un ensemble qui ne se relis nullement aux opérations des années 1509 ou même 1511 et ne prépare en rien les campagnes suivantes.
Ici, la France n'a plus les mêmes alliés qu'en 1509 et se trouve seule, ou presque, contre une puissante coalition qui vient de se former et ne tardera guère à se désagréger.
Enfin, l'échec final de la campagne française de 1512. après la mort de Gaston de Foix devait avoir pour conséquence l'expulsion des Français d'Italie.
La campagne de 1512 forme donc un des épisodes décisifs de l'histoire des guerres d'Italie.
Imposée par la situation politique très grave de la fin de l'année 1511, la campagne victorieuse de Gaston de Foix, qui va de la délivrance de Bologne et de Brescia à la victoire de Ravenne et à la conquête de la Romagne (3 janvier-12 avril 1512), représente, par la netteté de son plan et la vigueur de son exécution, un des premiers modèles de stratégie moderne et fait invinciblement penser au génie militaire de Bonaparte.
LA SITUATION POLITIQUE EN EUROPE À LA FIN DE 1511
En 1511, le roi de France, Louis XII, est en même temps duc de Milan et seigneur de Gênes ; Ferdinand, roi d'Aragon, règne aussi sur Naples ; Maximilien Ier, empereur d'Allemagne, occupe Vérone et cherche à agrandir ses États en Vénétie et dans le Frioul.
Au milieu de tous ces étrangers, les Italiens comptent assez peu ; seules Venise et la Papauté constituent des puissances vraiment organisées, et le trône de saint Pierre est alors occupé par un pape ambitieux et énergique, Jules II.
Jusqu'ici les affaires de Louis XII en Italie ont été assez heureuses, mais, en cette fin de l'année 1511, sa position est fortement menacée : la France, isolée diplomatiquement, risque d'être attaquée de plusieurs côtés.
Que s'était-il donc passé depuis les traités de Cambrai, en décembre 1508, où l'empereur, le pape, les rois de France, d'Aragon et d'Angleterre avaient réglé leurs différends et s'étaient juré mutuellement alliance ?
L'affaire d'Italie avait à nouveau brouillé les anciens partenaires. Après la victoire des alliés sur les Vénitiens (Agnadel, 1509), le pape n'avait pas tardé à entrer en conflit avec le roi de France, tandis que Ferdinand d'Aragon se réservait le rôle de simple observateur. Ainsi, Louis XII et l'empereur continuaient seuls la lutte contre Venise, vaincue mais non pas écrasée.
En 1511, les rapports entre la France et la Papauté s'étaient encore envenimés. En mai, une armée française commandée par La Palice avait chassé les troupes pontificales de Bologne et rétabli dans la ville l'autorité des Bentivoglio, tandis que, par ailleurs, Louis XII et l'empereur se mettaient d'accord avec un certain nombre de cardinaux dissidents pour convoquer un concile général à Pisé, le 1er novembre.
A cette menace spirituelle », Jules II avait répondu en convoquant à son tour un concile œcuménique, au Latran, pour le 1er mai 1512.
Pour se défendre, le pape devait se chercher des alliés, et le 4 octobre 1511 était signée à Rome l'alliance entre la Papauté, les Vénitiens et le roi d'Aragon, connue sous le nom de Sainte Ligue, dont le but avoué était la défense du Saint-siège et le recouvrement des terres qui lui avaient été enlevées, à commencer par Bologne. En fait, cette ligue était tournée contre la France, protectrice des Bentivoglio de Bologne.
Le 13 novembre, Henri VIII, roi d'Angleterre, adhérait à la ligue et signait avec Ferdinand d'Aragon un pacte spécial en vue de la conquête de la Guyenne.
Déjà les Suisses, depuis mars 1510, sont les alliés du pape. A la fin de novembre 1511, ils ont même envahi le Milanais, au nombre de 20.000, et atteint les faubourgs de Milan le 14 décembre. Mais, faute de vivres, harcelés par les Français, ils ont dû battre en retraite et regagner leur pays par Monza et Corne.
Ainsi, à la fin de décembre 1511, Louis XII est presque complètement isolé.
En théorie, il reste l'allié de l'empereur, mais, depuis l'échec de la tentative commune pour reprendre Padoue et Trévise (25 juillet début octobre 1511), on soupçonne fortement l'empereur, à la cour de France, de vouloir faire la paix séparée avec les Vénitiens et de chercher à se joindre aux ennemis du roi très chrétien.
Avec les Suisses, Louis XII a entrepris d'activés négociations pour aboutir à un accord ou, tout au moins, acheter leur neutralité, mais rien n'a encore été obtenu.
En Italie, la France ne peut plus guère compter que sur Bologne, qui est plutôt à charge, et sur le duc de Ferrare, car Florence s'obstine à rester neutre.
Au contraire, la coalition ennemie se renforce chaque jour et la France est menacée, non seulement dans ses possessions italiennes, mais dans son propre territoire, en raison du projet de débarquement anglais et des menaces de Ferdinand à la frontière de Navarre.
Devant cette situation terrible, Louis et son conseil voient bien que la seule solution est de vaincre la coalition avant qu'elle soit parfaitement au point et avant que les coalisés aient pu concerter leurs mouvements.
L'expédition anglaise contre la France chercher à se joindre aux ennemis du roi très chrétien.
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L'expédition anglaise contre la France n'est pas prête ; il faut qu'une décision intervienne en Italie auparavant.
LA SITUATION MILITAIRE EN ITALIE A LA FIN DE 1511
Pour bien comprendre les événements de la campagne de 1512, il est nécessaire de connaître d'abord les positions respectives des différents adversaires et d'apprécier à leur juste valeur les effectifs engagea.
Le théâtre général des opérations se trouve être l'Italie du Nord et même cette portion d'Italie limitée :
Au Nord, par les Alpes (Corne, Bergame, Brescia, Vérone) ;
Au Sud, par les Apennins et l'Adriatique (pointe extrême, Rimini) ;
A l'Ouest, par la ligne du Tcssin ;
A l'Est, par la ligne de Adige.
Les Français occupent le Milanais jusqu'à FAdda et, depuis 1509, tout le pays jusqu'au lac de Garde avec des garnisons à Bergame et à Brescia.
Il y a un détachement français important à Vérone, ville impériale, défendue conjointement par les troupes de l'empereur et celles du roi de France.
Au delà du Pô enfin, des détachements français se trouvent chez nos alliés de Bologne et de Ferrarc.
Les Vénitiens sont à Padoue et à Trcvise. Ils opèrent dans la région comprise entre Ferrare et Vérone (Finale, Boiideno, VUla-franca, Isola délia Scala) et interceptent souvent la navigation sur le Pô.
Les Espagnols et l'armée du pape manœuvrent au Sud, en Romagne, partant de RttJienne et Rimini. Leur objectif principal est la puissante ville de Bologne et leur action est généralement indépendante de (••elle des Vénitiens.
Les effectifs engagés sont difficiles à évaluer, en raison des chiffres assez différents qui sont fournis par les documents de l'époque et du nombre variable des cavaliers
qui accompagnent chaque homme d'armes. Français. — Au début de janvier 1512. d'après la chronique contemporaine de Vignati, les forces françaises en Italie se répartissent de la manière suivante :
Milan (troupes d'opéra lion*) : 1.680 hommes d'armes (cavalerie). 8.000 fantassins ;
Vérone (détachement) : 250 hommes d'armes (cavalerie), 4.800 fantassins ;
Brescia (garnison) : 180 hommes d'armes (cavalerie) :
Ferraro (détachement) : 50 hommes d'arme* (cavalerie).
Tulal : 2.160 hommes d'armes (cavalerie) : 12.800 fantassins.
En fait, parmi les hommes d'armes, on ne pouvait compter, pour attaquer la coalition, que sur 1.700 environ, dont 200 (les gentilshommes du roi) avaient été envoyés en détachement à Bologne, soit un effectif de manœuvre d'environ 1.500 lances.
Pour les fantassins ou piétons, il fallait ajouter aux 8,000 Gascons et Picards qui devaient participer aux opérations 6.000 lansquenets allemands, fantassins d'élite mis à notre disposition par l'empereur et soldés par la France, soit un effectif global de 14.000 hommes.
Confédérés. — D'après le traité de la Sainte-Ligue, du 4 octobre 1511, les confédérés s'engageaient à mettre sur pied les effectifs suivants :
VénitH'iis : 800 hommes d'armes. 1.000 chevau-liîgers, 8.000 fantassins ;
Espagnols: 1.200 hommes d'armes. 1.000 chevau-légers, 10.000 fantassins ;
Pape : 400 hommes d'armes, 500 ehevau-légers, 6.000 fantassins.
Total : 2.400 hommes d'armes, 2.500 chevau-li'gera, 24.000 fantassins.
Toutefois, puisque les Vénitiens combattaient seuls, Tannée de Romagne ne pouvait compter que sur :
1.600 hommes d'armes, 1.500 chev au-légers. 16.000 fantassin*.
En fait, ces effectifs furent assez rapidement réunis ; dès la fin de 1511, on parle des 1.800 lances dont dispose l'armée hispano-pontificale ; mais, en opérations, cette armée ne put jamais aligner plus de 1.400 hommes d'armes et 13.000 à 14.000 fantassins (effectifs de la bataille de Havenne).
Il y a lieu maintenant de remarquer qu'un homme d'armes français est normalement accompagné de 5 cavaliers armés plus légèrement, alors que l'homme d'armes espagnol ou italien ne l'est que de 2 cavaliers. Ainsi les 1.500 lances françaises forment un effectif d'environ 9.000 cavaliers, tandis que les 1.600 hommes d'armes espagnols et italiens ne représentent que 4.800 cavaliers. Toutefois, la force d'une « lance » réside beaucoup plus dans son chef, l'homme d'armes, que dans les cavaliers qui l'accompagnent.
De ces chiffres il ressort que les Français n'avaient pas une supériorité numérique écrasante. Contre les Aragonais et l'armée du pape ils disposaient, au début, d'un nombre à peu près égal d'hommes d'armes et de fantassins, mais, par suite des renforts envoyés de France et du recrutement local, leur avantage devait s'accroître.
Mais surtout l'armée française constituait une élite, bien aguerrie et commandée par les meilleurs capitaines d'alors : La Palice, Bayard, Lautrec, Louis d'Ars, Molard et Gaston de Foix, son jeune général.
Ce dernier, né en 1489, avait alors vingt-deux ans. Par son père, il appartenait à la famille de Foix-Narbonnc, depuis longtemps rivale des Albret, en Navarre; par sa mère, Marie d'Orléans, il était neveu de Louis XII. Sa sœur, Germaine de Foix, était reine d'Espagne.
Elevé dans l'entourage du roi son oncle, Gaston de Foix était arrivé en Italie en 1510, s'y était vaillamment comporté et avait été nommé lieutenant général du roi dans le Milanais, le 25 juin 1511.
Malgré sa jeunesse, il devait se montrer très grand général durant sa campagne de 1512, et pourtant la partie était serrée, car
Le temps travaillait pour nos adversaires, et Gaston de Foix ne pouvait espérer vaincre qu'en attaquant l'armée de Romagne avec toutes ses forces, en prenant garde que les Vénitiens ou même les Suisses ne vinssent pas attaquer le Milanais en son absence.
LES OPÉRATIONS DE LA CAMPAGNE DE 1512 (3 janvier-12 avril)
La campagne de 1512 peut se diviser en deux parties, débutant chacune par une concentration des troupes françaises ; la première s'étend du 3 janvier au 19 février : elle est marquée par la délivrance de Bologne, la marche sur Brescia et la reprise de cette ville ; la seconde s'étend du 8 mars au 12 avril : elle se termine par la victoire de Ravenne et la conquête de la Romagne.
De la délivrance de Bologne à la reprise de Brescia.
Vers la fin de l'année 1511, l'armée du pape et des Espagnols s'est mise en mouvement en Romagne. Après une incursion dans les territoires du duc de Ferrare, allié de la France (prise de Zaniola par P. Navarro, le 31 décembre 1511), il semble bien qu'elle va se diriger sur Bologne.
Cette grande ville, puissamment fortifiée, possédait, en dehors de ses défenseurs italiens, une garnison de 200 hommes d'armes français et de 2.000 lansquenets, commandée par Odet de Foix, seigneur de Lautrec, qui, en fait, dirigeait la défense. Pour parer à toute éventualité, Gaston de Foix lui envoya un renfort de 180 lances et 1.000 fantassins.
Le 16 janvier l'armée confédérée est à 5 milles de Bologne et vient se poster, à l'ouest, entre l'idice et la ville, pour couper tout le ravitaillement venant de Romagne. Les jours suivants, les ennemis s'installent au sud, entre la montagne et la ville, et envoient leur avant-garde, avec F. Collona, se placer au nord, sur la route de Lombardie, du côté île la porte Saint-Félix. En même temps, ils occupent le couvent de Saint-Michel-an-Bois et l'église Sainte-Marie-dû-Mont, qui dominent la ville et d'où il leur sera facile de battre avec leur artillerie l'intérieur de la cité.
En prévision de cette attaque, l'armée française avait quitté ses quartiers d'hiver du Milanais après la revue générale du 3 janvier et s'était dirigée vers le sud. Le 13 janvier elle est à Parme et le 14 à Reggio.
Le 19 janvier, apprenant que Bologne est assiégée, Gaston de Foix décide de concentrer toutes ses troupes à Finale, sur le Panaro, à 40 kilomètres de Bologne. Là, il rassemble des troupes d'infanterie et fait sa jonction avec la petite armée du duc de Ferrare.
La présence de Gaston de Foix et de son armée à Finale inquiète les Confédérés, qui craignent de passer à l'attaque de Bologne du côté de la montagne (au sud) tant que les Français pourront déboucher par le nord. Mais, apprenant que les Vénitiens ont franchi l'Adige et se dirigent vers Brescia, les Confédérés estiment que les Français vont remonter en Lombardie sans oser secourir Bologne ; aussi décident-ils d'attaquer la ville avec toutes leurs forces du côté sud, près de la porte Saint-lijtienne.
P. Navarro fait creuser une mine sous le rempart et abattre au canon une portion de l'enceinte. Le 28 janvier un premier assaut est donné, mais il échoue. Le 31 janvier Ira Espagnols sont prêts à recommencer, mais, dans l'intervalle, Gaston de Foix a quitté Finale et s'est emparé de Cento et de Piève, bien décidé à délivrer Bologne avant de remonter vers le nord. Son intervention doit être rapide, car, dans la ville, les adversaires des Bentivoglio s'agitent et risquent de la livrer aux troupes du pape.
Le 5 février 1512, deux heures après le lever du soleil, Gaston de Foix, avec 1.300 lances et 14.000 fantassins, pénètre dans Bologne par la porte Saint Félix, que les ennemis avaient abandonnée pour se masser au sud, devant la porte Saint Etienne.
Son mouvement avait été si bien exécuté, au milieu d'une tempête de neige, que les assiégeants ne s'étaient aperçus de rien (si incroyable que cela puisse paraître), mais, avertis par un espion de la présence de l'armée française dans la ville, ils s'empressèrent d'abandonner le siège, le 6 février, et de se diriger vers Imola, poursuivis par les Français, qui s'emparèrent de leurs bagages et d'une partie de leur artillerie.
A peine Bologne délivrée, Gaston de Foix devait apprendre que Brescia s'était révoltée contre les Français, le 3 février, et Bergame, le 5 février. A Brescia, le comte Louis Avo-gadro, un des notables, avait réussi à livrer la ville aux Vénitiens d'André Griltî, mais le château où s'était réfugiée la garnison française, commandée par J. de Lude, tenait encore, malgré un étroit blocus. Dans la ville les Vénitiens disposaient, d'après Guichardin, de 300 hommes d'armes, 1.300 chevau-légers et 3.000 fantassins et pouvaient compter sur l'aide effective de la plupart des habitants.
Sitôt la ville prise, Gritti avait demandé des renforts à Venise, car la conquête était d'importance et la Seigneurie avait donné l'ordre à la petite armée de J.-P. Baglione de se diriger sur Brescia.
Gaston de Foix, sachant que l'empereur lui-même négociait avec les Vénitiens, se résolut à marcher immédiatement sur Brescia dans l'espoir de la reprendre avant que les renforts vénitiens fussent parvenus à destination.
Laissant à Bologne 300 lances et 4.000 fantassins, il repartit vers le nord, le 8 février, avec presque toute la gendarmerie française et l'élite de ses fantassins français et allemands.
Pour gagner Brescia, il choisit la route la plus longue, entre l'Adige et le Mincio, espérant peut-être (comme cela devait arriver) rencontrer sur son chemin les renforts vénitiens et les tailler en pièces.
Passant par Cento, il est le 9 février à Bondeno et Stellata. Le 10, l'armée française franchit le Pô, dont elle remonte la rive gauche jusqu'à Osliglia, se dirigeant vers Mantoue.
Le 11, Gaston de Foix fait saisir Ponte-Molîno, sur le Mincio ; il apprend alors que l'armée vénitienne de J.-P. Baglione, comprenant 300 hommes d'armes, 400 chevau-légers et 1.200 fantassins, s'est attardée au siège de Valeggio, au lieu de secourir Brescia, et qu'elle se retire maintenant vers l'Adige, dans la crainte d'être coupée de ses bases.
Gaston de Foix fait alors occuper Ponte-pessero et Trevenzuole et marche sur Isola délia Scala. Apprenant que les Vénitiens viennent de quitter la ville, il se jette à leur poursuite avec Bayard, et l'avant-garde les rejoint près de Magnano, à la Tour Magna-nino, non loin de l'Adige, et les défait complètement, s'emparant même de leur artillerie.
C'était le 12 février ; l'armée de secours vénitienne était complètement dispersée.
Les Français, une fois regroupés, franchissent le Mincio, à Pontemolino, et, après avoir encore défait quelques troupes vénitiennes à Castenedolo, parviennent devant Brescia, le 16 février, ayant parcouru, en moins de neuf jours, les 230 kilomètres qui les séparent de Bologne. A cette occasion Gaston bat le record de vitesse qui ne sera dépassé que par Bonaparte , avec les troupes de Masséna
Pour attaquer Brescia, bien défendue par les Vénitiens secondés par les habitants, les Français disposaient d'environ 1.400 lances et 11.000 fantassins choisis parmi les meilleurs. La position de la ville était très forte et les Vénitiens avaient muré presque toutes les issues, à l'exception de la porte Saint-Jean, située au sud-ouest. Toutefois, les Français tenaient encore la citadelle, accrochés au flanc d'une haute colline extérieure aux remparts, au sommet de laquelle se trouvait le monastère de Saint-Fridiane, occupé lui-même par les Vénitiens.
Le premier objectif consistait naturellement à rétablir le contact avec les forces françaises de la citadelle, car de ce côté seulement pouvait se faire l'attaque de la ville. Le 18 février dans la matinée, Gaston de Foix fit passer ses troupes au sud et à l'ouest de Brescia, dans le faubourg Saint-Jean, et fit occuper le monastère de Saint-Fridîane en dépit de la résistance des ennemis. L'accès de la citadelle était libre.
Devant cette avance des Français, les Vénitiens utilisèrent toute la journée du 18 et la nuit du 18 au 19 à renforcer leur défense en faisant creuser un large fossé entre la ville et la colline de la citadelle et en établissant un terre-pie in garni d'artillerie derrière ce fossé.
Les Vénitiens ayant refusé de se rendre, l'attaque française fut décidée pour le 19. En tête marchaient Molard et ses gens de pied (2.000 hommes) flanqués par 150 hommes d'armes, à pied, conduits par Bayard.
Derrière venaient, côte à côte, 7.000 fantassins et la masse de la gendarmerie, tous marchant à pied et dirigés par Gaston de Foix.
Enfin Yves d'Alègre, avec 300 hommes d'armes à cheval, devait garder la porte Saint-Jean pour empêcher toute sortie des assiégés.
La première colonne (Molard et Bayard) fut accueillie à coups de canon et d'hacquebute, mais, en dépit d'une résistance furieuse, elle réussit à franchir le fossé et à envahir le terre-plein, au prix de lourdes pertes. Bayard lui-même avait été grièvement blessé au début de l'action. Par la brèche
ainsi ouverte le flot des assaillants put venir à la rescousse et repousser les Vénitiens vers l'intérieur de la ville.
Sur la place principale de Brescia, le Burletto, les Vénitiens avaient massé tout ce qui leur restait de cavalerie et d'infanterie. Il y eut là un grand combat qui dura plus d'une demi-heure et fut rendu plus âpre encore par la résistance des habitants qui, de leurs fenêtres, jetaient sur les Français de l'eau bouillante et toutes sortes de projectiles afin de les empêcher d'avancer.
Enfin, les Vénitiens furent entièrement défaits. Presque tous périrent ; quant à André Gritti et au comte Avogadro, qui avaient voulu s'enfuir par la porte Saint-Jean, ils avaient été attaqués par les cavaliers d'Alègre et faits prisonniers.
Pendant plusieurs heures la ville fut soumise à un sac épouvantable, où se donnèrent libre cours tous les mauvais instincts des lansquenets allemands. Il y eut plus de 20.000 habitants tués et les soldats se partagèrent un butin évalué à 3 millions d'écus. Au milieu de cette tuerie, un seul geste honore les Français, celui de Bayard accordant sa protection aux nobles femmes qui l'avaient accueilli blessé.
Après cette victoire, beaucoup de soldats et même des hommes d'armes quittèrent l'armée pour aller mettre leur butin en lieu sûr, jusque dans leur pays natal, et nos forces s'en trouvèrent désorganisées.
Quoi qu'il en soit, la prise et le sac de Brescia devaient avoir, en Italie comme à l'étranger, un retentissement considérable.
Dès le 18 février, Bergame s'était rendue aux troupes françaises de Trivulce. Après la prise de Brescia, l'empereur lui-même, qui traitait avec les Vénitiens, fit solliciter l'aide du roi de France pour reconquérir Padoue et Trévise sur ses ennemis.